adobestock Garder le contrôle de la fin de sa vie n’est pas chose aisée et peut être rendu plus pénible si on ne s’en préoccupe pas lorsqu’on est en pleine possession de ses facultés mentales et physiques. Pour preuve, “l’affaire” Vincent Lambert. À la suite d’un accident de la route, cet homme, n’ayant pas mis par écrit ce qu’il souhaitait dans ce type de situation, a été maintenu artificiellement en vie pendant plus de dix ans, avant de mourir en juillet dernier. Ses proches n’ont cessé de s’entredéchirer sur l’opportunité de poursuivre ou non les soins qui le maintenaient en vie. Ils se sont battus devant les tribunaux nationaux, la Cour européenne des droits de l’homme et le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU. À chaque fois, ce fut l’occasion de réactiver le débat sur l’acharnement thérapeutique, le droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès, l’autorisation ou non de l’ directives anticipées, un droit, pas un devoir> Pour éviter le scénario de l'affaire Lambert, de la même manière qu’on fait un testament pour répartir son patrimoine entre ses héritiers et ses légataires, on peut rédiger ses directives anticipées, que l’on soit bien portant ou en cours de traitement médical. Dans un tel document, toute personne majeure a la possibilité de déclarer si elle souhaite ou non être maintenue artificiellement en vie dans le cas où elle aurait définitivement perdu conscience, de fixer des limites à l’acharnement thérapeutique – on parle aussi d’obstination déraisonnable de soins – en refusant la réanimation cardiaque, l’assistance respiratoire, l’alimentation et l’hydratation artificielles, etc. ; de réclamer le bénéfice d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès, associée à une médication contre la douleur en cas d’arrêt des traitements ; de demander à mourir chez elle ou à l’hôpital…> C’est aussi l’occasion d’autoriser ou non le don de ses organes après sa mort. Mais si, en France, 34% des plus de 50 ans désirent rédiger des directives anticipées, seuls 13% sont passés à l’acte, selon un sondage BVA de 2019. C’est un droit, et pas un devoir, précise Sandrine Bretonnière, responsable du pôle Études et Données du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Il faut avoir envie de se servir de ce droit. On ne doit pas s’y sentir obligé ni culpabiliser si on ne le fait pas.»Se faire aider dans la rédaction du document> Société de réanimation de langue française SRLF, ministère de la Santé, hôpitaux, cliniques, associations de patients, Association pour le droit de mourir dans la dignité ADMD… proposent sur leur site internet différents modèles de directives à télécharger, puis à compléter ou recopier. Ces documents donnent des pistes de réflexion et de rédaction. Mais rien n’empêche de créer un document plus personnel. Chacun doit en effet rester libre d’exprimer ce qu’il désire vraiment», explique Sandrine Bretonnière.> La liste de ce que l’on veut, et surtout de ce que l’on ne veut pas, peut donc figurer sur un papier daté et signé et revêtir un style éloigné des formules officielles des documents tout faits. En cas de maladie grave, de grand âge, il est recommandé de se faire aider ou, au moins, de se faire relire par un soignant, médecin ou infirmier, conseille René Robert, médecin réanimateur au CHU de Poitiers. Celui-ci vérifiera si les directives sont adaptées et applicables.»> Si la personne est dans l’impossibilité physique de rédiger ses directives anticipées, un tiers peut s’en charger. Deux témoins attestent alors par écrit que cette rédaction est l’expression de la volonté libre et éclairée du patient. Éventuellement, un médecin ajoute qu’il est en état d’exprimer sa volonté et qu’il a reçu les informations appropriées. Les directives anticipées, valables sans limite dans le temps, peuvent, à tout moment, être modifiées ou annulées. On expose alors par écrit ou oralement ses nouveaux souhaits à ses proches, au corps une personne de confiance> Les sites qui proposent des modèles de directives anticipées encouragent à désigner une personne de confiance – celle qui parle au nom de celui qui ne peut plus s’exprimer – et proposent des formulaires prêts à remplir ou à reproduire. On peut aussi rédiger une simple lettre dans laquelle on décline son état civil, celui de l’individu choisi avec ses coordonnées, afin qu’il puisse être contacté en cas d’urgence. Attention, il ne faut pas confondre la personne à prévenir qu’un établissement médical ou un Ehpad invite à désigner, et la personne de confiance. Cela peut être deux individus différents, précise René Robert. Un membre de la famille n’est pas toujours le mieux placé pour jouer ce rôle délicat opinions divergentes, poids de la responsabilité trop lourd, etc.. C’est d’ailleurs souvent quand on ne désire pas que sa famille s’occupe de sa fin de vie que l’on désigne une personne de confiance chargée de transmettre les volontés écrites ou orales du malade.»> Il ne s’agit donc pas de faire un choix affectif, mais bien de sélectionner celui ou celle qui sera à l’aise et d’accord pour porter la parole du malade. Bien entendu, il est possible de revenir sur sa décision à tout moment pour indiquer quelqu’un d’autre. Les deux démarches – rédaction de directives anticipées et désignation d’une personne de confiance – restent indépendantes l’une de l’autre. On peut faire l’une sans l’autre, même s’il est recommandé de s’occuper des deux en même temps.“J’ai remis mes directives à l’anesthésiste et au chirurgien”Sophie GRASSANO, militante à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité ADMDJe suis bien consciente que je ne suis pas immortelle, que des pathologies peuvent survenir. J’ai été malade à plusieurs reprises, mais c’est en 2009, à la cinquantaine, alors que j’étais guérie et bien portante, que j’ai décidé d’écrire mes directives anticipées en choisissant le formulaire de l’ADMD. Je les ai distribuées à mon médecin traitant et aux trois personnes de confiance que j’ai désignées mon compagnon et deux amies. Mieux vaut en prévoir plusieurs au cas où la première ne serait pas joignable le jour J… Dernièrement, avant une simple coloscopie, je les ai remises à l’anesthésiste et au chirurgien. Il faut les habituer à cette démarche. J’ai trouvé logique et plutôt rassurant d’exprimer mes volontés, je me sens un peu protégée, même si je sais que les directives anticipées ne résolvent pas tous les problèmes d’une fin de vie, notamment l’accès à la sédation profonde que des praticiens peuvent toujours respecter ses choix et préserver ses proches> Lorsqu’on est dans l’impossibilité de s’exprimer et que des directives anticipées ne sont pas entre les mains du personnel soignant, dans son dossier médical, par exemple, c’est en effet vers la personne de confiance que le corps médical va se tourner pour avoir accès à cet éventuel document ou pour connaître les volontés du patient. Sans cette précaution, les médecins interrogent la famille. Et il n’existe pas de hiérarchie entre le conjoint ou le compagnon, les parents, les enfants ou les frères et sœurs.> Si les voix sont dissonantes, on peut donc se retrouver dans la situation de Vincent Lambert.Dans tous les cas, il faut être conscient du fait qu’un tiers, que ce soit une personne de confiance ou un membre de la famille, exprime une dose des désirs du patient, mais involontairement, il formule aussi ce qu’il souhaiterait pour lui-même», prévient René Robert. La rédaction de directives anticipées permet d’éviter cet écueil et simplifie grandement la responsabilité des directives anticipées insolites du médecin réanimateur René Robert extraits[…] Bien vivant comme je le suis encore, je ne voudrais pas souffrir, il n’y a pas d’intérêt à souffrir pour être mort. Je ne voudrais pas d’acharnement, mais attention, je voudrais quand même qu’on s’acharne un peu pour me tirer d’un mauvais pas si ça vaut le coup. Je ne voudrais pas être un légume… Je ne voudrais pas ne plus pouvoir regarder quand on m’appelle, ne plus rigoler quand les mots sont chatouillés, ne plus être capable de penser, de rêver ou de compter jusqu’à dix-neuf. Je ne voudrais pas n’être qu’un paquet inerte incapable du moindre contre-pied mental. Et puis, si c’est possible, je ne voudrais pas mourir inutilement. Je veux bien donner mes organes s’ils sont encore bons, rien que pour dire quand on est mort, c’est pour la vie. […]Faire circuler l'information> Contrairement à une idée reçue, le notaire n’est pas le dépositaire approprié de directives anticipées puisque l’homme de loi n’intervient qu’après le décès, pour l’ouverture de la succession. Il est nécessaire de faire savoir à son entourage quon a rédigé des directives. Il faut en parler largement autour de soi, distribuer une copie à tous ceux susceptibles de s’appuyer dessus, comme le médecin traitant et les autres praticiens ou soignants, la personne de confiance, la famille, les amis», recommande Sandrine Bretonnière.> En l’absence de mise en place d’un fichier national par les pouvoirs publics, on peut déposer ses directives auprès de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité ADMD. Celle-ci détient déjà les directives anticipées de près de 50000 DIT LA LOI ?Une première loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite “loi Leonetti”, permet au patient de demander l’arrêt d’un traitement médical trop lourd. Elle prévoit que, si ce dernier n’est pas en état de s’exprimer, sa volonté peut être révélée par la personne de confiance qu’il a choisie, ou encore, plus sûrement, par le biais de directives anticipées qu’il a rédigées. Une loi plus récente, du 2 février 2016, dite “loi Claeys-Leonetti”, introduit le droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès endormissement provoqué pour stopper la douleur pour les personnes dont le pronostic vital est engagé et renforce le dispositif des directives anticipées. Concrètement, elle les rend contraignantes pour les médecins, qui ne peuvent donc pas aller à leur encontre.
Jeudi11 mars 2021 à 10h30, le Sénat a débattu sur la proposition de loi visant à établir le droit à mourir dans la dignité présentée par Marie-Pierre de LA GONTRIE et plusieurs de ses collègues. Le Sénat a supprimé l’article 1er du texte par 161 voix pour et 142 contre (adoption de l’amt 2 rect. de suppression).1Pour introduire le dossier thématique qui va suivre, on se proposera de mobiliser un tandem conceptuel souvent très opératoire dès qu’il est question de phénomènes se déployant dans le temps, le couple stock/flux. Ainsi, si on prend l’ensemble des cultes antiques en vigueur à un moment donné, il est possible de formaliser cette somme pour l’envisager comme un stock » de cultes. L’ampleur de ce stock est alors évidemment une question d’échelle et varie selon qu’on s’attache à l’ensemble des sociétés antiques ou seulement à certaines du temps de Scipion l’Africain, par exemple, l’ensemble des cultes romains – compris ici au sens de l’ensemble des cultes pratiqués par les Romains – était différent de l’ensemble des cultes athéniens, et les deux étaient bien entendu inférieurs en nombre à l’ensemble des cultes antiques en général. 1 Walter Burkert, La religion grecque à l’époque archaïque et classique, Paris, Picard, 2011 [1977, 2 ... 2 Religions antiques. Une introduction comparée, éd. Philippe Borgeaud, Francesca Prescendi, Genève, ... 2L’étude historique de ces cultes peut alors suivre deux chemins soit on les saisit un à un de manière individuelle, soit l’historien choisit d’étudier un groupe d’entre eux, ce qui lui impose la nécessité de définir d’emblée le périmètre des cultes auxquels il s’attache. Cela débouche concrètement sur des ouvrages comme La religion grecque, ou Religions de Rome, pour ne reprendre que des titres à la fois connus et assez récents1. Ces travaux envisagent alors les choses d’un point de vue presque toujours bâti à partir d’un critère politique ou ethno-géographique, et très rarement sous un angle franchement général à l’Antiquité entière, comme Religions antiques. Une introduction comparée, ou de manière plus restreinte et spécifique comme les cultes dits à mystères » ou ceux dits orientaux »2. Quelle que soit la manière d’aborder les choses, le stock réel des cultes antiques était toutefois assurément plus large que celui à notre connaissance, car beaucoup n’ont guère laissé de traces lisibles pour nous sans Lucien de Samosate et son Alexandre ou le faux prophète, que dirions-nous aujourd’hui du culte du serpent Glycon d’Abonouteichos ? Et combien d’autres cultes antiques n’ont pas eu leur Lucien ? 3Ce n’est pourtant pas sous l’angle du stock que l’on s’intéressera ici aux cultes antiques, car les ensembles déjà évoqués et formant la religion grecque, les religions de Rome, etc. bénéficient d’une bibliographie déjà considérable. Ce sont les flux qui arrêteront notre intérêt, c’est-à -dire les variations affectant au fil du temps le contenu du stock, dont il n’est pas inutile de rappeler qu’il n’est jamais lui-même à un moment donné que la somme des flux antérieurs. 4De ce point de vue dynamique, nous laisserons d’ailleurs aussi de côté la variation constituée par les flux entrants, les nouveaux cultes qui s’agrègent aux plus anciens ces cultes ont également toujours suscité une bibliographie abondante. Les sources évoquent de fait assez souvent des créations de cultes, c’est-à -dire le surgissement concret – il n’est pas ici question des récits étiologiques – au sein des communautés de cultes qui n’y existaient pas antérieurement. Ces apparitions pouvant revêtir des formes assez variées, allant de l’importation officielle d’un culte jusqu’alors étranger – par exemple l’importation du culte de Magna Mater à Rome en 204 av. – à l’émergence un peu diffuse et insaisissable d’un quelque chose » qui devient un vrai culte comme il advint avec le culte impérial romain. 3 Par exemple Ritual Dynamics in the Ancient Mediterranean. Agency, Emotion, Gender, Representation... 5L’intérêt se portera plutôt sur la question des flux négatifs, des disparitions de cultes. Car il faut bien constater qu’autant sources et bibliographie moderne sont loquaces sur les créations et autres importations de cultes nouveaux, autant elles sont discrètes sur les disparitions de cultes anciens. Seules deux situations échappent en fait à ce constat, mais toutes les deux très particulières et finalement exceptionnelles chacune dans son genre. La première concerne les destructions de cultes liés à des guerres ou à la destruction – somme toute assez rare – des communautés qui y étaient liées. La seconde situation, qui bénéficie d’une attention très soutenue, se situe quant à elle exclusivement dans l’Antiquité tardive et concerne la fin du mode antique de relation au sacré lors du passage au christianisme. En dehors de ces deux cas de figure, redisons-le parfaitement exceptionnels, la littérature moderne est quasi inexistante ou alors très marginale à propos de disparitions de cultes en temps ordinaires. Pour s’en convaincre il suffit de consulter les tables des matières des ouvrages de référence cités précédemment – mais on pourrait aussi bien le constater dans les travaux récents consacrés aux dynamiques cultuelles3 on y évoque des transformations et des réinterprétations mais pas d’extinctions. 6Au premier abord, le survol des sources et de l’historiographie moderne débouche donc sur l’impression forte que le nombre de cultes n’a dans l’Antiquité cessé de croître au fil du temps. Or cette idée d’un ensemble qui n’évoluerait apparemment qu’à la hausse sur le temps long, par l’adjonction plus ou moins régulière de cultes nouveaux débouche sur une difficulté épistémologique. Il est certes bien connu que les sociétés antiques étaient viscéralement attachées à leurs traditions et donc conservatrices dans l’âme. Mais s’en tenir strictement à ce modèle dans l’affaire qui nous préoccupe imposerait alors de concevoir la vie religieuse antique comme une perpétuelle accumulation de cultes depuis de lointaines et ténébreuses origines jusqu’au crépuscule des dieux, la mortelle confrontation finale avec le christianisme. 7Or si on envisage désormais cela à l’échelle de la vie religieuse et cultuelle d’un simple individu, on bute alors sur une difficulté que l’on se permettra de résumer ici de manière un peu caricaturale. Considérons une période longue d’un millénaire courant par exemple d’un Romain archaïque à un Romain tardif. Si on appliquait à cette période un modèle strictement conservateur de la tradition, il en résulterait que la vie religieuse du second serait nécessairement beaucoup plus riche en cultes que celle de son lointain ancêtre archaïque il serait dévot de l’ensemble des cultes anciens, pieusement conservés et éventuellement transformés, plus tous les nouveaux cultes qui seraient apparus dans la société romaine durant le millénaire séparant les deux hommes. 8À niveau de dévotion globalement équivalent, cela aboutirait à plusieurs propositions peu satisfaisantes. La première concernerait l’emploi du temps religieux des Romains, qui serait devenu de plus en plus chargé au fil des siècles. Ensuite, cette situation impliquerait aussi que la vie religieuse des époques anciennes aurait en quelque sorte été plus qualitative, pour devenir ensuite plus quantitative aux époques récentes. Une idée qui a la faiblesse d’entraîner trop aisément la réflexion vers les jugements de valeur sur la vie religieuse comparée des uns et des autres, et qui rappelle par bien des aspects une historiographie dépassée et souvent polémique. 9On pourrait évidemment objecter que le niveau de dévotion de notre Romain archaïque et celui du Romain tardif pourraient ne pas être les mêmes. De fait, durant l’Antiquité les niveaux de religiosité ont effectivement varié dans le temps le succès de l’épicurisme à certaines époques ou dans certains lieux est ainsi sans doute un indicateur du fait qu’une fraction parfois non négligeable de la population était moins attachée aux cultes de ses dieux. On pourrait donc envisager en quelque sorte le passage d’une dévotion archaïque, intense et attachée à un nombre réduit de cultes, à une dévotion tardive, plus lâche et qui se disperserait en un nombre plus important de cultes, ce qui permettrait d’évacuer la contrainte notée supra du temps quotidien disponible pour les activités cultuelles. Néanmoins, rien dans nos sources ne permet d’argumenter que ces variations ont été autre chose que globalement assez marginales sur le long terme les cultes traditionnels ne semblent pas connaître de moment de rupture significatif avant l’époque de Constantin et c’est une piste qu’il est donc préférable de ne pas suivre. 10Bref, on aboutit donc à l’idée qu’un modèle uniquement conservateur appliqué à la vie religieuse des anciens amène immanquablement à une impasse sur le long terme. Nous postulerons alors qu’il devait exister dans l’Antiquité grecque et romaine des processus sociaux et culturels amenant non seulement à l’apparition de nouveaux cultes, mais aussi et surtout à la disparition de cultes anciens à travers, en quelque sorte, des processus de mort naturelle » des cultes. 4 Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, trad. Granger, Paris, Gallimard, 2001 [19 ... 11Pour qui est familier des sources antiques, il est évident que les documents qui confirmeraient ce postulat ne sont pas légion, mais c’est là le problème de beaucoup de phénomènes ordinaires que l’on qualifie de naturels » ils restent souvent discrets car leurs acteurs ne jugent pas nécessaire de les consigner. Surtout, dans le cas qui nous occupe, il ne faut pas négliger un autre facteur plus propre à la pensée antique et à ses blocages. Si les sources antiques restent discrètes sur les disparitions de cultes, c’est en effet aussi parce qu’elles auraient été difficiles à assumer en pleine connaissance de cause, puisqu’il s’agissait à chaque fois de l’abandon de ces sacro-saintes traditions en clair des transgressions d’autant plus terribles qu’elles concernaient des dieux, mettant en jeu derrière cela de manière plus générale tout le rapport au sacré. Au sens strict, ces disparitions étaient sans doute indicibles voire impensables pour la plupart des Anciens, ce qui rappelle la formule de Wittgenstein, qui écrivait que sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence »4. 12Il ne faut donc pas s’étonner si l’un des très rares auteurs qui évoque de manière limpide ces phénomènes parallèles d’apparitions/disparitions de cultes est Flavius Josèphe 5 Contre Appion, II, 253‑254 traduction Th. Reinach/L. Blum. Et puis certains dieux, après avoir connu les honneurs dans la maturité, ont vieilli pour me servir d’un euphémisme ; d’autres nouvellement introduits, obtiennent l’adoration. Certains temples sont désertés et de nouveaux s’élèvent, les hommes bâtissant chacun suivant son caprice, alors qu’ils devraient au contraire conserver immuable leur croyance en Dieu et le culte qu’ils lui rendent »5. 13Josèphe était un Juif du ier siècle et il appartenait donc à un univers religieux qui était déjà extérieur au mainstream antique environnant. Ayant ce cadre juif fondé sur l’unicité et l’intemporalité supposée du culte de YHWH, il lui était loisible d’observer sans difficulté et avec détachement que les divers cultes des gentils s’inscrivaient, eux, pleinement dans le temps, à savoir qu’ils naissaient, vivaient puis s’étiolaient avant de disparaître. 14Les textes rassemblés dans ce dossier font écho à un certain nombre de contributions proposées oralement lors d’une journée d’étude puis d’un colloque organisés par Karin Mackowiak et Christian Stein à Dijon et Besançon en décembre 2012 et novembre 2016, avec le soutien de l’Université de Bourgogne – Franche-Comté, de l’UMR 6298 ARTEHIS Archéologie, Terre, Histoire, Société et de l’EA 4011 ISTA Institut des sciences et techniques de l’Antiquité. Leurs auteurs, intéressés par le projet, ont chacun à sa manière tenté de tester la validité de ce postulat de l’existence d’une disparition ordinaire des cultes dans le monde grec et romain. 15L’enjeu de cette enquête collective est double. Il consisterait d’abord tout simplement à essayer de corriger un peu notre manière de percevoir la vie religieuse antique, afin de lui donner plus de fluidité peut-être doit-on en quelque sorte concevoir la religion antique comme un phénomène dynamique quasi schumpeterien, c’est-à -dire animé en permanence – même si de manière discrète et sur des temporalités très variables – par un processus de créations/disparitions de cultes qu’il reste à explorer et à décrire. 16L’autre enjeu est plus ambitieux car il proposerait de modifier la vision courante que nous avons de la fin de l’Antiquité et du passage de la conception religieuse antique à la conception religieuse monothéiste chrétienne et musulmane. La vision classique de cette période met l’accent sur la victoire du christianisme et de l’islam sur le polythéisme païen. Le gros débat qui agite les spécialistes de l’Antiquité tardive porte alors sur le fait de déterminer si cette transition a plutôt été conflictuelle ou si elle s’est déroulée en douceur, mais il ne remet guère en question l’idée que l’on a assisté à un conflit entre polythéisme et monothéisme se soldant par la victoire du second. Mais le polythéisme » ou paganisme » n’ayant jamais vraiment existé en tant que tel – car il est surtout une création judéo-chrétienne reprise ensuite par l’islam –, l’idée que les cultes antiques avaient une durée de vie naturellement limitée ne permettrait-elle alors pas aussi d’envisager la transition entre les mondes antique et médiéval non plus d’abord comme une victoire des monothéismes, mais plutôt comme un phénomène de substitution après une forme d’extinction de masse de l’ensemble des cultes antiques ? 17Les journées de Dijon et Besançon furent à la fois fructueuses et très amicales leurs organisateurs voudraient en remercier tous les participants. MaisValmont, avant de mourir, confie les lettres de Mme de Merteuil à Danceny. Danceny, avant de quitter Paris pour Malte, a fait connaître ces lettres, en particulier la lettre 81, autobiographique, et celle qui relate le stratagème de Mme de Merteuil pour perdre Prévan. La Présidente, en apprenant la mort de Valmont, meurt. Cécile, à la nouvelle de la mort de Toutes les personnes confrontées aux situations de fin de vie méritent une égale écoute ».FIGAROVOX/TRIBUNE – En réponse à une tribune de la présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, publiée dans Le Figaro, le professeur émérite de médecine défend une vision selon laquelle les soins palliatifs l’aide à mourir sont Touraine est professeur émérite de médecine et député la Dr Claire Fourcade et douze de ses collègues ont publié une tribune dans Le Figaro pour rappeler leur position sur les questions relatives à la fin de vie. Qu’ils soient rassurés ce n’est ni dans l’esprit du président de la République ni dans celui d’aucun organisateur de la prochaine convention citoyenne sur le sujet de se dispenser de leur importante expérience. Toutes les personnes confrontées aux situations de fin de vie, tous les organismes ayant approfondi cette réflexion Conseil économique, social et environnemental, Assemblée nationale, Comité consultatif national d’éthique, etc. ainsi que les diverses associations concernées méritent une égale écoute. Aucun ne peut à lui seul se prévaloir d’une vérité absolue et universelle mais tous contribueront à la conclusion. Avec madame Fourcade, je suis sûr que nous partageons la conviction que nous sommes, humblement, au service de nos malades. Que nous écoutons nos malades bien davantage que de quelconques propos idéologiques. Que nous leur reconnaissons des droits, notamment celui de participer prioritairement au choix de leur destin, et que ces droits des malades ne s’arrêtent pas lorsque surgit la phase agonique. Au XXe siècle, le paternalisme médical résolvait les situations difficiles» par des décisions de médecins hospitaliers, prises parfois avec l’accord des familles, rarement celui des personnes concernées. L’administration d’un cocktail lytique» assortiment de trois médicaments à effet létal abrégeait les souffrances de certaines personnes en fin de vie. De telles pratiques sont heureusement devenues inacceptables et le choix du malade lui-même devrait prévaloir sur les autres professionnels des soins palliatifs doivent s’exprimer sur l’évolution de leur réflexion. À la différence de ceux de nombre d’autres pays, ces spécialistes ont été, en France, orientés vers un refus systématique d’aide à mourir. Jean-Louis TouraineC’est ce que disent plus de 9 Français sur 10 dans les sondages effectués depuis plus de 10 ans. C’est ce qu’ont voté 83,5% des députés le 8 avril 2021. Ce jour-là , dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale a été reconnu le droit du malade au choix comme le droit des médecins et soignants à faire valoir leur clause de conscience, par le vote de l’article 1 de la proposition de loi donnant le droit à une fin de vie libre et choisie». Faute de temps, seul l’article 1 a pu être soumis au vote et il reste donc à compléter l’étude du texte des articles suivants puis à recueillir l’avis du Sénat ou à solliciter la population française pour une décision prise à la majorité. Les professionnels des soins palliatifs doivent s’exprimer sur l’évolution de leur réflexion. À la différence de ceux de nombre d’autres pays, ces spécialistes ont été, en France, orientés vers un refus systématique d’aide à formulent aujourd’hui un point de vue plus tolérant, plus respectueux de la liberté du malade mais ils doivent guider la société sur les précautions, l’encadrement, la sagesse qui doit entourer une décision aussi délicate. Ils doivent aussi contribuer à résorber le déficit majeur de prise en charge en soins palliatifs, malgré cinq plans successifs. Non, soins palliatifs et aide à mourir ne sont pas en opposition mais plutôt en complémentarité. Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort» écrivait Antoine de Saint-Exupéry. Améliorons la prise en charge de nos malades pour qu’après une vie épanouie, ceux-ci ne soient pas incités à se résigner au mal mourir français» mais qu’ils puissent sereinement choisir entre l’attente d’une mort naturelle» et l’accompagnement vers une mort sans souffrance», une mort solidaire» plutôt qu’une mort solitaire».Source Le Figaro » – Jean-Louis Touraine – Conseil d’administration .